Préambule,
"La périnatalité se situe depuis le moment de la conception jusqu'à celui du sevrage.
C'est-à-dire, toute la période où, l'enfant est lié biologiquement à sa mère.
D'abord par le lien du sang, puis par le lien du lait....
Ainsi se forment 3 couples successifs : la future mère et le foetus
l'accouchée et le nouveau-né, la mère et le nourrisson. (Muke.simon 2003) "
En tant que médiateur entre le monde des ancêtres et le monde des vivants
l’enfant occupe une très grande place dans la culture africaine. Aussi, le statut
de la femme sera-t-il déterminé en fonction de sa possibilité d’être une bonne
génitrice, capable donner naissance à une nombreuse progéniture avec beaucoup de fils .
Ce qui va lui permettre d’être reconnue et valorisée ; car une épouse qui donne des enfants est
« un porte-bonheur » !
L’idée étant que chaque bébé, naît avec sa propre chance qui va s’ajouter à celle de ses parents.
Donc, plus il a y d’enfants dans une famille, plus grande est la chance de réussite
sociale et économique des parents dont la réputation fera état de prospérité morale et matérielle.
A l’inverse, quand on n’a pas d’enfant, on meurt dans tous les sens…
Le nouveau-né, symbolise ses géniteurs qu’il est censé représenter et prolonger.
La stérilité féminine sera donc vécue comme la pire des infirmités. Parce qu’une
femme stérile, représente une menace pour le mari et sa famille ; non seulement parce qu’elle;
ne peut pas assurer de descendance. Mais aussi, parce qu’elle va susciter des soupçons,
des accusations de sorcellerie, ou de faire commerce avec un Djinné.
Une femme infertile aura donc avoir une position très difficile ; risquant à tout moment
d’être répudiée ou de voir arrivée une seconde épouse, plus jeune et plus féconde
qu’elle devra alors servir sans récrimination.
Souvent d’ailleurs, la rivalité entre les deux femmes va se traduire par une surenchère
dans le travail reproductif. Ce qui veut dire, qu’il vaut mieux avoir plus d’enfants que sa co-épouse,
plutôt que moins ! Car, avoir beaucoup d’enfants, c’est s’attacher la préférence du mari ;
c’est aussi obtenir un certain statut ainsi qu’un certain pouvoir par rapport à l’intruse.
La procréation en Afrique va être codifiée en étant soumise à un ensemble de prohibitions.
C’est ainsi que dans de nombreuses sociétés africaines, il est interdit d’avoir des
rapports sexuels diurnes entre conjoints. En milieu rural, un homme qui va dans la chambre
de son épouse la journée (sieste par ex) ou qui va se coucher trop tôt après le repas du soir,
s’expose à des moqueries et à de mauvais jugements. Où, l’on considère qu’un enfant conçu
à ces moments là, deviendrait un " impoli notoire".
Chez les Soninkés de Mauritanie :
Il est déconseillé d’avoir des relations intimes certains jours du mois lunaire par ex :
les 1e,2e,3e, 4e ,5e,8e,10e, 11e, 13e, 15e,17e, et 29e, jours ; sous peine d’avoir un enfant malformé
ou doté de maladies et de défauts du caractère.
- Les relations sexuelles sont également proscrites pendant la période des menstrues et pendant
les 40 jours qui suivent l’accouchement ; conformément au droit musulman.
Cependant, selon la Loi ancestrale c’est-à-dire, selon les Lois qui ont été établies
avant l’arrivée de l’Islam, il était interdit de reprendre toute sexualité, jusqu’au sevrage de l’enfant.
Le sevrage intervenant en général entre 2 et 3 ans ; ou même 3 ans et demi chez les Baoulé de Côte-D’ivoire
Parce que l’on pensait que le sperme passait dans le sang et gâtait le lait maternel ;ce qui était mauvais
pour l’enfant ! A présent les choses ont tendance à changer et les interdits sexuels tendent
à se réduire de plus en plus.
-Chez les Soninké et les Toucouleur :
La reprise de la sexualité va se faire 3 mois après la naissance d’un garçon
et 4 mois après celle d’une fille. Les Soninké étant très strictes par rapport à
ces règles coutumières ; il serait très mal vu qu’une femme tombe tout de suite
enceinte. (Qu’elle ait des grossesses rapprochées) ! Chaque grossesse étant
alors imputée à la légèreté de la femme dont on condamnera le goût prononcé
pour le sexe…. Où, l’on dit « qu’elle a jeté son enfant pour son mari ». Avec tous
les risques que cela comporte pour le bébé.
Le même type d’insulte peut être adressé à l’égard de l’enfant qui naît dans ces
conditions ( et que l'on peut traîter de bâtard).
Comme on le voit, la " Maternité " en Afrique se mérite. Etant donné, que
dans les sociétés Wolof, le sort de l’enfant ; aussi bien sa santé physique que
mentale, sa réussite sociale, son bonheur dépend des conduites éthiques et
morales de la mère. Dont on dira en termes laudatifs « qu’elle a bien travaillé ».
(Ce qui sous- entend, qu’il s’agit d’une épouse modèle, irréprochable qui aura
des enfants qui réussiront) !
Quant aux femmes qui ont très peu enfanté, celles-ci, seront jugées comme
ayant mal travaillé (ce qui veut-dire, qu’elles n’ont que ce qu’elles méritent).
Chez les Soninké et les Toucouleur par ex :
Lorsqu’une femme veut être enceinte ou même, si elle l’est ; cette dernière
va rivaliser de gentillesse avec son entourage « pour que l’on puisse apprécier
ses qualités… donc sa capacité à être mère » ! C’est aussi, une manière de
s’attirer la sympathie de ses semblables mais aussi, la protection des ancêtres.
Car comme je l’ai déjà dit, l’enfantement n’est pas simplement le fruit de
l’accouplement du père et de la mère ; mais c’est le résultat du bon vouloir de
Dieu et de la lignée ancestrale.
De fait, si pour la femme africaine, enfanter est une joie et une fierté immense,
il n’en reste pas moins que la grossesse en milieu traditionnel est le plus souvent
considérée comme un phénomène surnaturel. Où, la femme enceinte est à la
lisière du monde visible et du monde invisible ; ce qui signifie que dans la pensée
populaire, elle est entre la vie et la mort et, qu’elle a un pied dans la tombe…
D’autant, que la future mère devient une porte ouverte à toutes sortes d’effractions,
en risquant d’être victime d’une attaque de sorcellerie anthropophagique de la part des
« Dëmm»ou des Djinné. Lesquels, peuvent venir lui voler ou lui échanger le fœtus dans l’utérus.
Nous verrons plus loin les conséquences de ce type de violence, en abordant le cas des
« enfants spéciaux ».
C’est pour cette raison que chez les Wolof la femme enceinte est renvoyée dès
les premiers prémices dans la famille d’origine, auprès de sa mère ; afin qu’elle se
retrouve dans un milieu sécure et épanouissant, pour lui permettre de mieux faire
face aux maléfices.
Pendant toute sa grossesse, la femme africaine sera très discrète sur son état ;
surtout durant les premiers mois où, elle ne dira rien…sauf, à la famille très proche.
Tout comme personne ne lui fera la remarque : « tu es enceinte » mais on lui dira simplement :
« tu portes une calebasse ou tu as mangé des haricots » !
C’est aussi par crainte de nombreux maléfices que la femme ne dira JAMAIS
de combien de semaines elle est enceinte !
Les mesures de protection autour de la périnatalité :
Pour parer au pire, la future mère aura recours à différentes prescriptions
tout comme il lui sera imposé de nombreux interdits : « alimentaires, de postures, de lieux
et des consultations divinatoires ».
Tous ces interdits et toutes ces prescriptions visant à constituer une enveloppe culturelle
contenante et sécurisante qui va permettre à la mère non seulement,
de se sentir portée mais aussi, de s’inscrire dans le groupe des femmes
(mères, grand-mères, tantes qui ont déjà eu des enfants). En ce sens, que dans
les sociétés traditionnelles,la grossesse a valeur d’étape initiatique
qui va façonner en quelque sorte," un sein nouveau" et une personnalité de mère
capable, de recevoir et de faire fructifier correctement le « don de la vie ».
Les interdits alimentaires (1e facteur) :
Selon certaines régions, la femme enceinte n’a pas le droit de manger du singe
(risque d’avoir un enfant agité) ; ou des œufs parce que, ça vient de la poule.
Or la poule est réputée pour être peureuse. Donc l’enfant pourrait être ( une poule mouillée).
- Chez les Baoulé de côte- d’Ivoire ;
il est formellement interdit de manger de la papaye. Ce fruit, étant censé
resserrer les tissus du vagin gênant ainsi, l’expulsion correcte du bébé.
D’où, le risque de mort pour l’enfant et de maladie mentale pour la mère ; survenant à la suite
du travail obstétrical. (Sous l’effort de compression très important, certains organes,
refoulent une grande quantité de sang au cerveau ; provoquant des accidents vasculaires
et certaines pathologies traditionnelles
du post-partum. En outre, la papaye donne aussi la diarrhée ; laquelle, peut déclencher une fausse couche.
Chez les Bëti du Cameroun ;
Il est interdit de manger de l’antilope, certains rats de brousse, écureuils, du singe
ou certaines sortes de poissons (risque de bec de lièvre).De plus une
femme enceinte ne doit JAMAIS regarder, ni toucher à fortiori manger des animaux
jugés affreux :
Canard, à cause du risque de : (mains palmées, tête allongée, membres raccourcis)
Poissons et termites à gros ventre, escargots et crabes (bec de lièvre, membres déformés,
problèmes de marche). L'Éléphant (grosse tête, oreilles en éventail, pied bot, peau rugueuse).
Le porc épic, le perroquet (cri désagréable).
Les interdits de postures :
Chez les Baoulé, vers la fin de la grossesse, la femme enceinte, évite de s’assoir longuement.
Il faut qu’elle marche ou se couche ; sinon elle risque de tuer le bébé.
Car l’on craint qu’au moment de la délivrance, le nouveau-né, ait du liquide amniotique
dans les narines et qu’il meurt étouffé. (On considère que le bébé est comprimé dans le ventre
par la mère trop souvent assise).
D’autre part, cette- dernière, ne doit pas s'asseoir les jambes ouvertes le soir ( à cause des génies).
Chez les Mossé du BurkinaFasso ;
Il est formellement interdit à une femme enceinte d’enjamber son mari,
(c’est comme si elle enjambait un mort).
On a aussi des interdits de lieux et de temps :
Par exemple, la femme ne doit pas s’approcher des cimetières, animaux abattus,
dépouilles ; de tout ce qui a trait à la mort.
Elle ne marchera Jamais nu-pieds pour éviter le contact avec les puissances impures,
ou par crainte qu’un ennemi ne prenne ses empreintes pour la faire avorter ;
elle fuira les étrangers et portera des amulettes protectrices.
Au niveau des interdits de temps :
La future mère ne doit pas sortir de sa maison durant les heures jugées dangereuses :
au moment, où rôdent les esprits c’est-à-dire, à l’aube, à midi
(ou le soleil est au zénith et où le génie peut marcher dans ses pas).
Le soir également, à cause des risques d’effraction de la part des mauvais esprits
qui pourraient s’attaquer à l’utérus de la femme comme :
voler, manger, échanger le fœtus. (LV. Thomas/R.Luneau, 1969).
Tous ces rituels sont mis en œuvre, pour préserver la mère et le future ancêtre ;
effectuant dès lors, un champ de protection autour de la femme ; dont la taille sera
entourée d’un cordon portant parfois certains talismans (gris-gris).
Les consultations divinatoires :
La femme enceinte ira voir le Devin pour recueillir d’une part, un maximum d’informations sur le bébé
qu’elle porte mais aussi, parce que le plus souvent le Devin est aussi guérisseur et que c’est lui,
qui va prescrire toutes sortes de soins et de recommandations.
Chez les Baoulé,
Pendant la grossesse de la femme il y a deux consultations divinatoires
extrêmement importantes :
- La première, à lieu au 3e mois, c’est au cours de cette visite que va être révélé
l’origine ontologique de l’enfant. Cette consultation se fera en compagnie du père et des 2 grand-pères;
(paternel et maternel) dans la mesure, où cette démarche relève du domaine des hommes.
Et que les choses qui seront révélées par le Devin doivent rester secrètes…
ne pas sortir de la famille proche.
- La seconde visite, aura lieu à la fin du 4e/5e mois en compagnie des 2 grand-mères de du bébé.
Car cette fois, nous sommes dans une affaire de femmes.
- Aussi, lors de cette consultation, les deux aïeules seront porteuses d’un maximum
d’informations fournies, par la future maman à partir de ses rêves et même de ses sensations subjectives
ainsi qu’à partir, des rêves de l’entourage proche. Parce qu’il faut savoir, qu’en Afrique les rêves
représentent un vecteur fondamental et qu’ils régissent plus ou moins
le fonctionnement social et quotidien. (K.Kouassi).
L’accouchement dans les sociétés traditionnelles.
Quand les douleurs commencent, on emmène la future mère dans un endroit retiré
à l’abri du regard des hommes. Ce sont alors les femmes âgées de la famille proche
(n’ayant jamais eu d’enfants morts) qui vont assister la « matrone ».
A l’intérieur de groupe de femmes on aura les deux lignées représentées par
la lignée paternelle et maternelle.
Chez les Baoulé ;
Au moment de l’expulsion de l’enfant par exemple, c’est la grand-mère paternelle
qui va apporter l’outil pour couper le cordon ombilical ; et c’est la grand-mère maternelle
qui va recevoir le bébé. C’est elle aussi, qui enveloppera le placenta dans une feuille de bananier
pour aller ensuite l’enterrer dans un lieu secret, (soit au pied d’un arbre soit sous la case familiale).
Une fois l’accouchement terminé, la mère sera transportée avec son enfant dans sa case ;
où, on lui aura préparé un endroit douillet avec un feu à côté d’elle.
Tandis que le nouveau-né, est lavé à l’eau tiède puis, enveloppé dans un pagne (K.Kouassi ibid).
Classiquement en Afrique de l’ouest, la parturiente ne doit pas se lever ni sortir durant 7 jours.
Ce sont les femmes de la famille qui vont s’occuper entièrement de la mère,
(en lui massant le ventre avec des feuilles de karité pour extraire toutes les impuretés)
ensuite tout le corps. Le bébé sera également pris en charge jusqu’à sa nomination.
Chez les Bëti ;
La nouvelle accouchée prend alors le nom de « dzié » ce qui évoque peut-être
l’idée de réplétion « la remplie » ou la nourrice ? Une fois reconduite dans son habitation,
la parturiente se couche et les femmes de la famille vont faire chauffer de l’eau dans
une marmite spéciale où elles auront mis, certaines plantes et écorces.
Puis, avec un petit balai usé ; chacune « frappe l’eau », ce qui consiste à prendre l’eau
dans cette marmite, et à taper le balai de la main droite sur la main gauche en écartant les doigts,
de manière que l’eau brûlante arrive sous forme de pluie ou de douche sur le corps de la femme
qui est assise sur son lit et se retourne pour être entièrement aspergée. Le but de cette pratique
étant de reconstituer les forces la nouvelle mère et de faire sortir le sang qui peut rester dans son ventre
et, mettre sa vie en danger. Les premiers jours, on fait cette aspersion toutes les heures environ.
Dorénavant, la parturiente ne devra plus avoir de relations sexuelles pendant deux ans à peu près;
pour « que les organes aient le temps de se refaire ». (P.L.-Tolra).
Quant au nouveau-né, celui-ci, sera lavé puis naturellement nourri au sein, mais dès les premiers jours,
on lui met sur les lèvres de la semoule de courgette.
tout comme, on lui fera prendre des bains fortifiants dans lesquels, on aura mis du poivre de Guinée,
des herbes, un os de chimpanzé ou de gorille pour qu’il reçoive l’influence " forte » de l’animal".
S’ensuit alors toute une série de rituels, où le bébé est enduit de cendres (ndui), fait l’objet de conjurations;
contre les maléfices et d’insufflations sur les yeux,les oreilles, la bouche, les narines, le dos,
la poitrine de la part de l’initiateur qui, bénit l’enfant en lui disant :
« Reçois l’esprit de tes aïeux, sois fort, courageux, rapide, clairvoyant, intrépide
à la chasse et à la guerre… » Ensuite, il l’oint de sa salive. (P.L.Tolra, ibid).
Période de réclusion ;
La mère et l’enfant vont rester 40 jours sans sortir. Pendant cette réclusion
il n’y aura pratiquement pas de visites, sauf la famille très proche ; par crainte du mauvais œil
ou d’une attaque des génies. Car durant cette période, on considère la mère et l’enfant particulièrement
fragiles (ils sont ouverts…exposés). Donc on doit les protéger au maximum !
Questions et représentations sur la nature de l’enfant.
Dans les sociétés traditionnelles de l’Afrique toute entière, on considère que tout enfant
qui vient au monde est un « étranger» qu’il va falloir découvrir et apprendre à connaître.
D’où, toute une série de questions concernant l’origine ontologique du nouveau-né :
qui est-il ? D’où vient-il ?... A quelle lignée appartient-il ?... Car, ce bébé qui vient de naître
ne sera pas considéré comme un être humain,mais comme un « être qui vient du monde de l’invisible »
et qu’il va falloir humaniser ;à partir de rituels strictement codifiés qui seront mis en place;
de sa naissance au 40e jour (selon les ethnies.
Classiquement, dans la pensée africaine, les enfants qui viennent de naître ont au moins 3 origines:
1) ça peut être un aïeul, un ancêtre proche qui a disparu et qui revient dans le monde des vivants.
Il va donc passer par le biais de la procréation pour revenir sur terre.
( Ce qui peut susciter des angoisses, parce qu’on va se demander pourquoi il revient) ?
2) ça peut être aussi un don du ciel (firmament chez les Baoulé).
3) ou bien un Don des puissances invisibles (des génies, de la terre, de l’eau et
autres éléments de la nature).
Cette interrogation sur l’origine du nouveau-né, nous fait mieux comprendre
l’importance de l’attribution du Nom. Car c’est le « NOM » qui va permettre
d’identifier l’essence même de l’enfant…Donc, si cette identification est mal faite,
si le bébé est mal nommé ; cela peut porter préjudices à sa santé pour autant, qu’il peut tomber
gravement malade et même mourir en repartant dans le monde des ancêtres.
Par ailleurs, nous verrons plus loin, que c’est à partir de cette identification, que l’on repère les enfants
« dits particuliers ou spéciaux » !
La dation ou rituel de l’imposition du nom.
En principe, le nom est gardé secret jusqu’à l’avènement de cette cérémonie
qui a lieu le matin, entre le 7e ou 40e jour chez les (Bëti) après la réclusion post-natale de la mère.
A cette occasion, on organise une grande fête et, c’est le père qui va énoncer
publiquement le nom de l’enfant. Cette nomination ayant valeur de naissance sociale,
va permettre dans un premier temps, d’introniser le tout petit dans les deux lignées
(paternelle et maternelle) et, dans un second temps de le reconnaître comme faisant partie
désormais du monde des « humains ».
Chez les Mossé, La dation se fera beaucoup plus tard ! Le nom ne sera donné
qu’après une longue période d’observation de l’enfant. Ceci, pour être sûr de l’avoir bien identifier.
Parce que, tant qu’il n’est pas identifié et nommé de façon certaine, il sera toujours considéré comme un esprit.
Chez les Wolof, on considère que l’enfant n’est réellement humain, que lorsqu’il a acquis parfaitement
le langage. C’est pour cette raison, que les parents vont aux champs avec les petits (2 ans et demi environ)
en les faisant toujours marcher devant eux et jamais derrière ; parce que, les génies pourraient parler
à ces enfants qui comprennent leur langue et ainsi les emmener dans leur monde.
En Afrique par mesure de protection, il est d’usage de donner 3 ou 4 noms au nouveau-né :
1e) Souvent au moment de la naissance, la mère peut donner un « nom secret ».
Chez les Wolof ce nom secret, sera révélé à la fille le jour de son mariage ;
quand elle va être emmenée dans la famille de son mari.
2e) On donne aussi un nom qui a trait aux circonstances de la naissance.
Par exemple, si ce jour là, les parents ont eu une discussion on l'appellera Essalt (en lingala au Congo).
Si la parturiente est prise de douleurs sur le bord du chemin, on l’appellera « chemin » ou encore
on peut lui donner le nom du jour de sa naissance comme « jeudi » ou du du mois, ex :"janvier".
3e) Ce troisième nom (qui est le vrai) correspond ici, au prénom. C’est alors
que l’on donnera au bébé, soit le nom d’un parent vivant, ça peut être :
le nom du grand-père, de l’oncle, de la mère, de la tante paternelle ou maternelle
selon les filiations. Ou bien, le nom d’un parent proche récemment disparu ;
autrement dit ; on peut lui donner le nom de l’ancêtre auquel l’enfant
a été identifié, en raison de sa ressemblance avec lui !
Chez les Wolof et les Bëti, on donne le nom des deux lignées.
4e) Ensuite, il arrive que l’on attribue au nourrisson un sobriquet…exemple,
chez les Bëti dès la naissance, l’accoucheuse s’amuse à surnommer le
garçon « celui qui fera de mauvaises choses » et la fille « si tu as nié, n’avoue
plus » !
Toujours à propos des surnoms, la mère peut nommer son bébé de manière
à égarer les esprits malveillants en l’appelant alors : chiffon, bout de bois,
tas d’ordure, celui qui gâte son pagne, celui qui n’existe pas. S’agissant
avant tout, de préserver l’enfant du mauvais œil et des influences néfastes.
A propos de la mise à dos, celle-ci, peut se faire le même jour que la Dation:
on refait une grande fête le soir et l’on met le bébé pour la première fois au dos de sa mère
selon les différentes régions.
Quelques rapides données sur les techniques de maternage.
Après sa nomination, l’enfant va être socialement défini avec son « Nom ».
Celui de ses père et mère et, son appartenance au lignage. Ce qui fait, qu’il va
se retrouver pris dans un réseau de parenté très serré. A partir duquel, il pourra se
constituer comme sujet.
C’est aussi au contact du corps de la mère qu’il va apprendre à se socialiser ;
puisque le corps maternel est considéré comme le premier lieu de « socialisation ».
Aussi, après le « rituel du portage », la maman peut porter son bébé sur le dos.
Ce qui permettra à l’enfant d’être stimulé de façon importante; du fait de ce ce corps à corps
constant avec la mère. Chaque fois qu’elle se baisse, ou qu’elle se lève
pour vaquer à ses occupations, le nourrisson sera stimulé en même temps.
Plus grand, on le portera sur la hanche.
Alimentation de l’enfant et sevrage.
Celui-ci, sera allaité jusqu’à 2 ans, 2 ans 1/2 et même parfois 3 ans, 3 ans ½
jusqu’au moment où il a toutes ses dents (en Côte-D’ivoire). La nourriture
solide est introduite aux environs de 4 mois : lait caillé, bouillie de mil à l’eau
ou au lait sucré, bouillie de farine de manioc ou de patate douce (selon les régions).
Aujourd’hui, le sevrage est plus court, surtout dans les villes.
Le massage (N’dämp).
Pendant deux à trois mois, la mère et le bébé sont massés régulièrement le matin et le soir
avec du beurre de karité soit, par la grand-mère ou par les tantes.
Ces massages sont ponctués, de paroles de consolations ou d’encouragements.
A cinq mois, après le bain, la mère effectue toute une série de stimulations de l’enfant,
avec étirements des membres, suspension par un bras, puis un autre
suspension par les jambes tête en bas, en le balançant et en le secouant pour
finalement le rattraper et le remuer en l’air ! Cette pratique est utilisée pour
rendre le bébé courageux et fort, tout en développant un bon équilibre.
Ensuite, il est massé sur les différentes parties du corps, où, l’on procédera
dans le même temps à des étirement et des petits exercices moteurs pour
assouplir les articulation.
En Afrique, le massage sert à modeler le corps de l’individu. Chez la fille on va
privilégier, les fesses, le ventre, les hanches. Chez le garçon, ce sera les jambes,
le buste, les épaules, le dos. Tous ces massages et ces stimulations que l’on appelle
« stimulations vestibulo-labyrinthiques » vont favoriser la courbe pondérale
ainsi que le développement sensori-moteur du nourrisson.
C’est, ce qui explique la précocité des enfants africains par rapport aux enfants occidentaux
au niveau de la marche ou de la motricité. Mais cette avance ne perdure pas au-delà de 2 ans…
à cause du sevrage le plus souvent où, l’enfant sera éloigné de la mère et pris en main par une aïeule,
une tante ou une sœur.
En ce qui concerne l’éducation sphinctérienne ;
Il n’y a pas de discipline stricte ! L’éducation sphinctérienne est proposée
comme un apaisement possible à une tension. La mère répondant aux grognements,
aux contractions du bébé, le fera glisser de son dos à son côté avant qu’elle ne soit souillée ;
l’assiéra sur ses chevilles écartées. Puis le ramènera vers elle,si son geste n’est pas suivi d’effet.
L’acquisition du langage et de la marche ;
Les filles parlent plus tôt que les garçons et comprennent plus de mots.
Quant à la marche, il semble que le garçon soit légèrement plus précoce
mais ce n’est pas une étude formelle !
Nouvel article de Sandra Verdrel, tous droits strictement réservés
sous peine de poursuites. Extrait d’un séminaire de formation sur la culture africaine.
Bibliographie :
A.Badini– Naître et grandir chez les Moosé traditionnels. Ed, découverte du Burkina 1994.
A. Bara-Diop– La famille wolof, éd Kartala 1985. Paris.
Erny.P– L’enfant et son milieu en Afrique Noire éd, Payot 1978. Paris.
Muke.Simon -La place du père africain dans la période périnatale. Ed, Eres 2003.
Nathan.T– ...fier de n'avoir ni pays, ni amis, quelle sottise c'était. Ed, La Pensée Sauvage, Grenoble.
P.Laburthe-Tolra– Initiations, et sociétés secrètes au Cameroun, éd- Kartala 1985, Paris
K.Kouassi-Naître en pays Baloulé – N.R.E. n°4, éd, La Pensée sauvage, Grenoble 1985.
L.V. Thomas/Luneau.R.in – La terre africaine et ses religions. Ed, l’Harmattan, 1980 ? Paris.
The Mother and Child Care (M.A.C.C) is a not-for-profit, non-governmental, campaign and advocacy organization established in Senegal in 2009 to mobilize resources and fight against various problems/challenges militating against women and children particularly pregnant women, mothers and children in Africa.
La mère et l'enfant
mardi 7 mai 2013
Préambule,
"La périnatalité se situe depuis le moment de la conception jusqu'à celui du sevrage.
C'est-à-dire, toute la période où, l'enfant est lié biologiquement à sa mère.
D'abord par le lien du sang, puis par le lien du lait....
Ainsi se forment 3 couples successifs : la future mère et le foetus
l'accouchée et le nouveau-né, la mère et le nourrisson. (Muke.simon 2003) "
En tant que médiateur entre le monde des ancêtres et le monde des vivants
l’enfant occupe une très grande place dans la culture africaine. Aussi, le statut
de la femme sera-t-il déterminé en fonction de sa possibilité d’être une bonne
génitrice, capable donner naissance à une nombreuse progéniture avec beaucoup de fils .
Ce qui va lui permettre d’être reconnue et valorisée ; car une épouse qui donne des enfants est
« un porte-bonheur » !
L’idée étant que chaque bébé, naît avec sa propre chance qui va s’ajouter à celle de ses parents.
Donc, plus il a y d’enfants dans une famille, plus grande est la chance de réussite
sociale et économique des parents dont la réputation fera état de prospérité morale et matérielle.
A l’inverse, quand on n’a pas d’enfant, on meurt dans tous les sens…
Le nouveau-né, symbolise ses géniteurs qu’il est censé représenter et prolonger.
La stérilité féminine sera donc vécue comme la pire des infirmités. Parce qu’une
femme stérile, représente une menace pour le mari et sa famille ; non seulement parce qu’elle;
ne peut pas assurer de descendance. Mais aussi, parce qu’elle va susciter des soupçons,
des accusations de sorcellerie, ou de faire commerce avec un Djinné.
Une femme infertile aura donc avoir une position très difficile ; risquant à tout moment
d’être répudiée ou de voir arrivée une seconde épouse, plus jeune et plus féconde
qu’elle devra alors servir sans récrimination.
Souvent d’ailleurs, la rivalité entre les deux femmes va se traduire par une surenchère
dans le travail reproductif. Ce qui veut dire, qu’il vaut mieux avoir plus d’enfants que sa co-épouse,
plutôt que moins ! Car, avoir beaucoup d’enfants, c’est s’attacher la préférence du mari ;
c’est aussi obtenir un certain statut ainsi qu’un certain pouvoir par rapport à l’intruse.
La procréation en Afrique va être codifiée en étant soumise à un ensemble de prohibitions.
C’est ainsi que dans de nombreuses sociétés africaines, il est interdit d’avoir des
rapports sexuels diurnes entre conjoints. En milieu rural, un homme qui va dans la chambre
de son épouse la journée (sieste par ex) ou qui va se coucher trop tôt après le repas du soir,
s’expose à des moqueries et à de mauvais jugements. Où, l’on considère qu’un enfant conçu
à ces moments là, deviendrait un " impoli notoire".
Chez les Soninkés de Mauritanie :
Il est déconseillé d’avoir des relations intimes certains jours du mois lunaire par ex :
les 1e,2e,3e, 4e ,5e,8e,10e, 11e, 13e, 15e,17e, et 29e, jours ; sous peine d’avoir un enfant malformé
ou doté de maladies et de défauts du caractère.
- Les relations sexuelles sont également proscrites pendant la période des menstrues et pendant
les 40 jours qui suivent l’accouchement ; conformément au droit musulman.
Cependant, selon la Loi ancestrale c’est-à-dire, selon les Lois qui ont été établies
avant l’arrivée de l’Islam, il était interdit de reprendre toute sexualité, jusqu’au sevrage de l’enfant.
Le sevrage intervenant en général entre 2 et 3 ans ; ou même 3 ans et demi chez les Baoulé de Côte-D’ivoire
Parce que l’on pensait que le sperme passait dans le sang et gâtait le lait maternel ;ce qui était mauvais
pour l’enfant ! A présent les choses ont tendance à changer et les interdits sexuels tendent
à se réduire de plus en plus.
-Chez les Soninké et les Toucouleur :
La reprise de la sexualité va se faire 3 mois après la naissance d’un garçon
et 4 mois après celle d’une fille. Les Soninké étant très strictes par rapport à
ces règles coutumières ; il serait très mal vu qu’une femme tombe tout de suite
enceinte. (Qu’elle ait des grossesses rapprochées) ! Chaque grossesse étant
alors imputée à la légèreté de la femme dont on condamnera le goût prononcé
pour le sexe…. Où, l’on dit « qu’elle a jeté son enfant pour son mari ». Avec tous
les risques que cela comporte pour le bébé.
Le même type d’insulte peut être adressé à l’égard de l’enfant qui naît dans ces
conditions ( et que l'on peut traîter de bâtard).
Comme on le voit, la " Maternité " en Afrique se mérite. Etant donné, que
dans les sociétés Wolof, le sort de l’enfant ; aussi bien sa santé physique que
mentale, sa réussite sociale, son bonheur dépend des conduites éthiques et
morales de la mère. Dont on dira en termes laudatifs « qu’elle a bien travaillé ».
(Ce qui sous- entend, qu’il s’agit d’une épouse modèle, irréprochable qui aura
des enfants qui réussiront) !
Quant aux femmes qui ont très peu enfanté, celles-ci, seront jugées comme
ayant mal travaillé (ce qui veut-dire, qu’elles n’ont que ce qu’elles méritent).
Chez les Soninké et les Toucouleur par ex :
Lorsqu’une femme veut être enceinte ou même, si elle l’est ; cette dernière
va rivaliser de gentillesse avec son entourage « pour que l’on puisse apprécier
ses qualités… donc sa capacité à être mère » ! C’est aussi, une manière de
s’attirer la sympathie de ses semblables mais aussi, la protection des ancêtres.
Car comme je l’ai déjà dit, l’enfantement n’est pas simplement le fruit de
l’accouplement du père et de la mère ; mais c’est le résultat du bon vouloir de
Dieu et de la lignée ancestrale.
De fait, si pour la femme africaine, enfanter est une joie et une fierté immense,
il n’en reste pas moins que la grossesse en milieu traditionnel est le plus souvent
considérée comme un phénomène surnaturel. Où, la femme enceinte est à la
lisière du monde visible et du monde invisible ; ce qui signifie que dans la pensée
populaire, elle est entre la vie et la mort et, qu’elle a un pied dans la tombe…
D’autant, que la future mère devient une porte ouverte à toutes sortes d’effractions,
en risquant d’être victime d’une attaque de sorcellerie anthropophagique de la part des
« Dëmm»ou des Djinné. Lesquels, peuvent venir lui voler ou lui échanger le fœtus dans l’utérus.
Nous verrons plus loin les conséquences de ce type de violence, en abordant le cas des
« enfants spéciaux ».
C’est pour cette raison que chez les Wolof la femme enceinte est renvoyée dès
les premiers prémices dans la famille d’origine, auprès de sa mère ; afin qu’elle se
retrouve dans un milieu sécure et épanouissant, pour lui permettre de mieux faire
face aux maléfices.
Pendant toute sa grossesse, la femme africaine sera très discrète sur son état ;
surtout durant les premiers mois où, elle ne dira rien…sauf, à la famille très proche.
Tout comme personne ne lui fera la remarque : « tu es enceinte » mais on lui dira simplement :
« tu portes une calebasse ou tu as mangé des haricots » !
C’est aussi par crainte de nombreux maléfices que la femme ne dira JAMAIS
de combien de semaines elle est enceinte !
Les mesures de protection autour de la périnatalité :
Pour parer au pire, la future mère aura recours à différentes prescriptions
tout comme il lui sera imposé de nombreux interdits : « alimentaires, de postures, de lieux
et des consultations divinatoires ».
Tous ces interdits et toutes ces prescriptions visant à constituer une enveloppe culturelle
contenante et sécurisante qui va permettre à la mère non seulement,
de se sentir portée mais aussi, de s’inscrire dans le groupe des femmes
(mères, grand-mères, tantes qui ont déjà eu des enfants). En ce sens, que dans
les sociétés traditionnelles,la grossesse a valeur d’étape initiatique
qui va façonner en quelque sorte," un sein nouveau" et une personnalité de mère
capable, de recevoir et de faire fructifier correctement le « don de la vie ».
Les interdits alimentaires (1e facteur) :
Selon certaines régions, la femme enceinte n’a pas le droit de manger du singe
(risque d’avoir un enfant agité) ; ou des œufs parce que, ça vient de la poule.
Or la poule est réputée pour être peureuse. Donc l’enfant pourrait être ( une poule mouillée).
- Chez les Baoulé de côte- d’Ivoire ;
il est formellement interdit de manger de la papaye. Ce fruit, étant censé
resserrer les tissus du vagin gênant ainsi, l’expulsion correcte du bébé.
D’où, le risque de mort pour l’enfant et de maladie mentale pour la mère ; survenant à la suite
du travail obstétrical. (Sous l’effort de compression très important, certains organes,
refoulent une grande quantité de sang au cerveau ; provoquant des accidents vasculaires
et certaines pathologies traditionnelles
du post-partum. En outre, la papaye donne aussi la diarrhée ; laquelle, peut déclencher une fausse couche.
Chez les Bëti du Cameroun ;
Il est interdit de manger de l’antilope, certains rats de brousse, écureuils, du singe
ou certaines sortes de poissons (risque de bec de lièvre).De plus une
femme enceinte ne doit JAMAIS regarder, ni toucher à fortiori manger des animaux
jugés affreux :
Canard, à cause du risque de : (mains palmées, tête allongée, membres raccourcis)
Poissons et termites à gros ventre, escargots et crabes (bec de lièvre, membres déformés,
problèmes de marche). L'Éléphant (grosse tête, oreilles en éventail, pied bot, peau rugueuse).
Le porc épic, le perroquet (cri désagréable).
Les interdits de postures :
Chez les Baoulé, vers la fin de la grossesse, la femme enceinte, évite de s’assoir longuement.
Il faut qu’elle marche ou se couche ; sinon elle risque de tuer le bébé.
Car l’on craint qu’au moment de la délivrance, le nouveau-né, ait du liquide amniotique
dans les narines et qu’il meurt étouffé. (On considère que le bébé est comprimé dans le ventre
par la mère trop souvent assise).
D’autre part, cette- dernière, ne doit pas s'asseoir les jambes ouvertes le soir ( à cause des génies).
Chez les Mossé du BurkinaFasso ;
Il est formellement interdit à une femme enceinte d’enjamber son mari,
(c’est comme si elle enjambait un mort).
On a aussi des interdits de lieux et de temps :
Par exemple, la femme ne doit pas s’approcher des cimetières, animaux abattus,
dépouilles ; de tout ce qui a trait à la mort.
Elle ne marchera Jamais nu-pieds pour éviter le contact avec les puissances impures,
ou par crainte qu’un ennemi ne prenne ses empreintes pour la faire avorter ;
elle fuira les étrangers et portera des amulettes protectrices.
Au niveau des interdits de temps :
La future mère ne doit pas sortir de sa maison durant les heures jugées dangereuses :
au moment, où rôdent les esprits c’est-à-dire, à l’aube, à midi
(ou le soleil est au zénith et où le génie peut marcher dans ses pas).
Le soir également, à cause des risques d’effraction de la part des mauvais esprits
qui pourraient s’attaquer à l’utérus de la femme comme :
voler, manger, échanger le fœtus. (LV. Thomas/R.Luneau, 1969).
Tous ces rituels sont mis en œuvre, pour préserver la mère et le future ancêtre ;
effectuant dès lors, un champ de protection autour de la femme ; dont la taille sera
entourée d’un cordon portant parfois certains talismans (gris-gris).
Les consultations divinatoires :
La femme enceinte ira voir le Devin pour recueillir d’une part, un maximum d’informations sur le bébé
qu’elle porte mais aussi, parce que le plus souvent le Devin est aussi guérisseur et que c’est lui,
qui va prescrire toutes sortes de soins et de recommandations.
Chez les Baoulé,
Pendant la grossesse de la femme il y a deux consultations divinatoires
extrêmement importantes :
- La première, à lieu au 3e mois, c’est au cours de cette visite que va être révélé
l’origine ontologique de l’enfant. Cette consultation se fera en compagnie du père et des 2 grand-pères;
(paternel et maternel) dans la mesure, où cette démarche relève du domaine des hommes.
Et que les choses qui seront révélées par le Devin doivent rester secrètes…
ne pas sortir de la famille proche.
- La seconde visite, aura lieu à la fin du 4e/5e mois en compagnie des 2 grand-mères de du bébé.
Car cette fois, nous sommes dans une affaire de femmes.
- Aussi, lors de cette consultation, les deux aïeules seront porteuses d’un maximum
d’informations fournies, par la future maman à partir de ses rêves et même de ses sensations subjectives
ainsi qu’à partir, des rêves de l’entourage proche. Parce qu’il faut savoir, qu’en Afrique les rêves
représentent un vecteur fondamental et qu’ils régissent plus ou moins
le fonctionnement social et quotidien. (K.Kouassi).
L’accouchement dans les sociétés traditionnelles.
Quand les douleurs commencent, on emmène la future mère dans un endroit retiré
à l’abri du regard des hommes. Ce sont alors les femmes âgées de la famille proche
(n’ayant jamais eu d’enfants morts) qui vont assister la « matrone ».
A l’intérieur de groupe de femmes on aura les deux lignées représentées par
la lignée paternelle et maternelle.
Chez les Baoulé ;
Au moment de l’expulsion de l’enfant par exemple, c’est la grand-mère paternelle
qui va apporter l’outil pour couper le cordon ombilical ; et c’est la grand-mère maternelle
qui va recevoir le bébé. C’est elle aussi, qui enveloppera le placenta dans une feuille de bananier
pour aller ensuite l’enterrer dans un lieu secret, (soit au pied d’un arbre soit sous la case familiale).
Une fois l’accouchement terminé, la mère sera transportée avec son enfant dans sa case ;
où, on lui aura préparé un endroit douillet avec un feu à côté d’elle.
Tandis que le nouveau-né, est lavé à l’eau tiède puis, enveloppé dans un pagne (K.Kouassi ibid).
Classiquement en Afrique de l’ouest, la parturiente ne doit pas se lever ni sortir durant 7 jours.
Ce sont les femmes de la famille qui vont s’occuper entièrement de la mère,
(en lui massant le ventre avec des feuilles de karité pour extraire toutes les impuretés)
ensuite tout le corps. Le bébé sera également pris en charge jusqu’à sa nomination.
Chez les Bëti ;
La nouvelle accouchée prend alors le nom de « dzié » ce qui évoque peut-être
l’idée de réplétion « la remplie » ou la nourrice ? Une fois reconduite dans son habitation,
la parturiente se couche et les femmes de la famille vont faire chauffer de l’eau dans
une marmite spéciale où elles auront mis, certaines plantes et écorces.
Puis, avec un petit balai usé ; chacune « frappe l’eau », ce qui consiste à prendre l’eau
dans cette marmite, et à taper le balai de la main droite sur la main gauche en écartant les doigts,
de manière que l’eau brûlante arrive sous forme de pluie ou de douche sur le corps de la femme
qui est assise sur son lit et se retourne pour être entièrement aspergée. Le but de cette pratique
étant de reconstituer les forces la nouvelle mère et de faire sortir le sang qui peut rester dans son ventre
et, mettre sa vie en danger. Les premiers jours, on fait cette aspersion toutes les heures environ.
Dorénavant, la parturiente ne devra plus avoir de relations sexuelles pendant deux ans à peu près;
pour « que les organes aient le temps de se refaire ». (P.L.-Tolra).
Quant au nouveau-né, celui-ci, sera lavé puis naturellement nourri au sein, mais dès les premiers jours,
on lui met sur les lèvres de la semoule de courgette.
tout comme, on lui fera prendre des bains fortifiants dans lesquels, on aura mis du poivre de Guinée,
des herbes, un os de chimpanzé ou de gorille pour qu’il reçoive l’influence " forte » de l’animal".
S’ensuit alors toute une série de rituels, où le bébé est enduit de cendres (ndui), fait l’objet de conjurations;
contre les maléfices et d’insufflations sur les yeux,les oreilles, la bouche, les narines, le dos,
la poitrine de la part de l’initiateur qui, bénit l’enfant en lui disant :
« Reçois l’esprit de tes aïeux, sois fort, courageux, rapide, clairvoyant, intrépide
à la chasse et à la guerre… » Ensuite, il l’oint de sa salive. (P.L.Tolra, ibid).
Période de réclusion ;
La mère et l’enfant vont rester 40 jours sans sortir. Pendant cette réclusion
il n’y aura pratiquement pas de visites, sauf la famille très proche ; par crainte du mauvais œil
ou d’une attaque des génies. Car durant cette période, on considère la mère et l’enfant particulièrement
fragiles (ils sont ouverts…exposés). Donc on doit les protéger au maximum !
Questions et représentations sur la nature de l’enfant.
Dans les sociétés traditionnelles de l’Afrique toute entière, on considère que tout enfant
qui vient au monde est un « étranger» qu’il va falloir découvrir et apprendre à connaître.
D’où, toute une série de questions concernant l’origine ontologique du nouveau-né :
qui est-il ? D’où vient-il ?... A quelle lignée appartient-il ?... Car, ce bébé qui vient de naître
ne sera pas considéré comme un être humain,mais comme un « être qui vient du monde de l’invisible »
et qu’il va falloir humaniser ;à partir de rituels strictement codifiés qui seront mis en place;
de sa naissance au 40e jour (selon les ethnies.
Classiquement, dans la pensée africaine, les enfants qui viennent de naître ont au moins 3 origines:
1) ça peut être un aïeul, un ancêtre proche qui a disparu et qui revient dans le monde des vivants.
Il va donc passer par le biais de la procréation pour revenir sur terre.
( Ce qui peut susciter des angoisses, parce qu’on va se demander pourquoi il revient) ?
2) ça peut être aussi un don du ciel (firmament chez les Baoulé).
3) ou bien un Don des puissances invisibles (des génies, de la terre, de l’eau et
autres éléments de la nature).
Cette interrogation sur l’origine du nouveau-né, nous fait mieux comprendre
l’importance de l’attribution du Nom. Car c’est le « NOM » qui va permettre
d’identifier l’essence même de l’enfant…Donc, si cette identification est mal faite,
si le bébé est mal nommé ; cela peut porter préjudices à sa santé pour autant, qu’il peut tomber
gravement malade et même mourir en repartant dans le monde des ancêtres.
Par ailleurs, nous verrons plus loin, que c’est à partir de cette identification, que l’on repère les enfants
« dits particuliers ou spéciaux » !
La dation ou rituel de l’imposition du nom.
En principe, le nom est gardé secret jusqu’à l’avènement de cette cérémonie
qui a lieu le matin, entre le 7e ou 40e jour chez les (Bëti) après la réclusion post-natale de la mère.
A cette occasion, on organise une grande fête et, c’est le père qui va énoncer
publiquement le nom de l’enfant. Cette nomination ayant valeur de naissance sociale,
va permettre dans un premier temps, d’introniser le tout petit dans les deux lignées
(paternelle et maternelle) et, dans un second temps de le reconnaître comme faisant partie
désormais du monde des « humains ».
Chez les Mossé, La dation se fera beaucoup plus tard ! Le nom ne sera donné
qu’après une longue période d’observation de l’enfant. Ceci, pour être sûr de l’avoir bien identifier.
Parce que, tant qu’il n’est pas identifié et nommé de façon certaine, il sera toujours considéré comme un esprit.
Chez les Wolof, on considère que l’enfant n’est réellement humain, que lorsqu’il a acquis parfaitement
le langage. C’est pour cette raison, que les parents vont aux champs avec les petits (2 ans et demi environ)
en les faisant toujours marcher devant eux et jamais derrière ; parce que, les génies pourraient parler
à ces enfants qui comprennent leur langue et ainsi les emmener dans leur monde.
En Afrique par mesure de protection, il est d’usage de donner 3 ou 4 noms au nouveau-né :
1e) Souvent au moment de la naissance, la mère peut donner un « nom secret ».
Chez les Wolof ce nom secret, sera révélé à la fille le jour de son mariage ;
quand elle va être emmenée dans la famille de son mari.
2e) On donne aussi un nom qui a trait aux circonstances de la naissance.
Par exemple, si ce jour là, les parents ont eu une discussion on l'appellera Essalt (en lingala au Congo).
Si la parturiente est prise de douleurs sur le bord du chemin, on l’appellera « chemin » ou encore
on peut lui donner le nom du jour de sa naissance comme « jeudi » ou du du mois, ex :"janvier".
3e) Ce troisième nom (qui est le vrai) correspond ici, au prénom. C’est alors
que l’on donnera au bébé, soit le nom d’un parent vivant, ça peut être :
le nom du grand-père, de l’oncle, de la mère, de la tante paternelle ou maternelle
selon les filiations. Ou bien, le nom d’un parent proche récemment disparu ;
autrement dit ; on peut lui donner le nom de l’ancêtre auquel l’enfant
a été identifié, en raison de sa ressemblance avec lui !
Chez les Wolof et les Bëti, on donne le nom des deux lignées.
4e) Ensuite, il arrive que l’on attribue au nourrisson un sobriquet…exemple,
chez les Bëti dès la naissance, l’accoucheuse s’amuse à surnommer le
garçon « celui qui fera de mauvaises choses » et la fille « si tu as nié, n’avoue
plus » !
Toujours à propos des surnoms, la mère peut nommer son bébé de manière
à égarer les esprits malveillants en l’appelant alors : chiffon, bout de bois,
tas d’ordure, celui qui gâte son pagne, celui qui n’existe pas. S’agissant
avant tout, de préserver l’enfant du mauvais œil et des influences néfastes.
A propos de la mise à dos, celle-ci, peut se faire le même jour que la Dation:
on refait une grande fête le soir et l’on met le bébé pour la première fois au dos de sa mère
selon les différentes régions.
Quelques rapides données sur les techniques de maternage.
Après sa nomination, l’enfant va être socialement défini avec son « Nom ».
Celui de ses père et mère et, son appartenance au lignage. Ce qui fait, qu’il va
se retrouver pris dans un réseau de parenté très serré. A partir duquel, il pourra se
constituer comme sujet.
C’est aussi au contact du corps de la mère qu’il va apprendre à se socialiser ;
puisque le corps maternel est considéré comme le premier lieu de « socialisation ».
Aussi, après le « rituel du portage », la maman peut porter son bébé sur le dos.
Ce qui permettra à l’enfant d’être stimulé de façon importante; du fait de ce ce corps à corps
constant avec la mère. Chaque fois qu’elle se baisse, ou qu’elle se lève
pour vaquer à ses occupations, le nourrisson sera stimulé en même temps.
Plus grand, on le portera sur la hanche.
Alimentation de l’enfant et sevrage.
Celui-ci, sera allaité jusqu’à 2 ans, 2 ans 1/2 et même parfois 3 ans, 3 ans ½
jusqu’au moment où il a toutes ses dents (en Côte-D’ivoire). La nourriture
solide est introduite aux environs de 4 mois : lait caillé, bouillie de mil à l’eau
ou au lait sucré, bouillie de farine de manioc ou de patate douce (selon les régions).
Aujourd’hui, le sevrage est plus court, surtout dans les villes.
Le massage (N’dämp).
Pendant deux à trois mois, la mère et le bébé sont massés régulièrement le matin et le soir
avec du beurre de karité soit, par la grand-mère ou par les tantes.
Ces massages sont ponctués, de paroles de consolations ou d’encouragements.
A cinq mois, après le bain, la mère effectue toute une série de stimulations de l’enfant,
avec étirements des membres, suspension par un bras, puis un autre
suspension par les jambes tête en bas, en le balançant et en le secouant pour
finalement le rattraper et le remuer en l’air ! Cette pratique est utilisée pour
rendre le bébé courageux et fort, tout en développant un bon équilibre.
Ensuite, il est massé sur les différentes parties du corps, où, l’on procédera
dans le même temps à des étirement et des petits exercices moteurs pour
assouplir les articulation.
En Afrique, le massage sert à modeler le corps de l’individu. Chez la fille on va
privilégier, les fesses, le ventre, les hanches. Chez le garçon, ce sera les jambes,
le buste, les épaules, le dos. Tous ces massages et ces stimulations que l’on appelle
« stimulations vestibulo-labyrinthiques » vont favoriser la courbe pondérale
ainsi que le développement sensori-moteur du nourrisson.
C’est, ce qui explique la précocité des enfants africains par rapport aux enfants occidentaux
au niveau de la marche ou de la motricité. Mais cette avance ne perdure pas au-delà de 2 ans…
à cause du sevrage le plus souvent où, l’enfant sera éloigné de la mère et pris en main par une aïeule,
une tante ou une sœur.
En ce qui concerne l’éducation sphinctérienne ;
Il n’y a pas de discipline stricte ! L’éducation sphinctérienne est proposée
comme un apaisement possible à une tension. La mère répondant aux grognements,
aux contractions du bébé, le fera glisser de son dos à son côté avant qu’elle ne soit souillée ;
l’assiéra sur ses chevilles écartées. Puis le ramènera vers elle,si son geste n’est pas suivi d’effet.
L’acquisition du langage et de la marche ;
Les filles parlent plus tôt que les garçons et comprennent plus de mots.
Quant à la marche, il semble que le garçon soit légèrement plus précoce
mais ce n’est pas une étude formelle !
Nouvel article de Sandra Verdrel, tous droits strictement réservés
sous peine de poursuites. Extrait d’un séminaire de formation sur la culture africaine.
Bibliographie :
A.Badini– Naître et grandir chez les Moosé traditionnels. Ed, découverte du Burkina 1994.
A. Bara-Diop– La famille wolof, éd Kartala 1985. Paris.
Erny.P– L’enfant et son milieu en Afrique Noire éd, Payot 1978. Paris.
Muke.Simon -La place du père africain dans la période périnatale. Ed, Eres 2003.
Nathan.T– ...fier de n'avoir ni pays, ni amis, quelle sottise c'était. Ed, La Pensée Sauvage, Grenoble.
P.Laburthe-Tolra– Initiations, et sociétés secrètes au Cameroun, éd- Kartala 1985, Paris
K.Kouassi-Naître en pays Baloulé – N.R.E. n°4, éd, La Pensée sauvage, Grenoble 1985.
L.V. Thomas/Luneau.R.in – La terre africaine et ses religions. Ed, l’Harmattan, 1980 ? Paris.
Inscription à :
Publier les commentaires (Atom)
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire